Sabina Kassoumova

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Dans l’interview qui va suivre, vous découvrirez l’artiste Sabina Kassoumova. Elle est photographe et vidéaste. « et sympa aussi »

Vinochromie : Quel est ton parcours, quelle est ta formation artistique?
Sabina Kassoumova : Mon parcours est assez classique, après le bac S je m’étais inscrite à la fac d’arts plastiques à Paris I en parallèle des cours du soir à Prép’art. L’année suivante j’ai commencé mes études aux Beaux-Arts de Bordeaux et comme l’école ne me convenait pas – le vin non plus d’ailleurs ! depuis je ne bois jamais de Bordeaux – et que je voulais absolument revenir à Paris, trois ans plus tard j’ai passé l’équivalence pour intégrer l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy (ENSAPC). C’est là que j’ai eu mon DNSEP en 2014.

V : Y a-t-il quelqu’un ou quelque chose qui est à l’origine de ton intérêt pour l’art?
S K : J’ai écrit un texte à ce sujet ! Il est publié dans un ouvrage édité par mes amis Sébastien Souchon et Adrien van Melle, Sur la page, abandonnés, aux Éditions Extensibles. Pour résumer, au-delà du fait que j’ai toujours dessiné et suivi des cours d’arts plastiques, j’ai une super mauvaise mémoire, je m’en étais rendue compte en arrivant en France. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire de la photographie, pour garder une trace de mes déplacements à Paris. Il y avait dans mon lycée un labo photo noir & blanc, j’ai très vite commencé à y passer la majorité de mon temps, souvent en séchant les cours. Tout le monde le savait et quand un de mes amis faisant partie du conseil de classe avait annoncé aux profs qu’après le bac je voulais faire les beaux-arts, cela n’avait étonné personne.

V : Peux-tu me citer des œuvres ou des artistes qui t’ont marqué, ou vraiment influencé et pourquoi?
S K : Je ne pense pas être particulièrement influencée par qui que ce soit. Plus jeune j’aimais la photographie humaniste, ça se ressent dans mes images. Autrement, j’aime beaucoup d’artistes dont la pratique est très différente entre eux et sans que l’on puisse faire un lien direct avec mon travail.

Mais je peux citer une œuvre qui m’a vraiment marquée. Il s’agit de In Orbit de Tomás Saraceno dont j’ai fait l’expérience à Düsseldorf au K21 Standehaus. Il s’agit d’une gigantesque toile d’araignée en acier sur trois niveaux suspendue à 25m au dessus du sol sur laquelle les visiteurs peuvent grimper. C’était une expérience incroyable qui tombait à pic juste avant mon diplôme de fin d’études… tout mon stress s’était volatilisé cette œuvre procurant une incroyable dose d’adrénaline !

Maintenant que j’en parle je repense aussi à une installation découverte l’année dernière à l’Arsenal de Montréal : Oculus Rift transporte le visiteur dans un paysage digital conçu entièrement par Jon Rafman. Un masque VR sur la tête, on se retrouve dans une belle forêt qui malgré son environnement en noir & blanc a l’air tout à fait réelle et après avoir fait quelques pas on commence à s’élever au dessus du sol pendant un certain laps de temps. Bien que l’on sait très bien que notre corps ne bouge absolument pas, les informations perçues par nos yeux sont complètement déstabilisantes et nous avons vraiment l’impression de voler avec toutes les sensations physiques qui l’accompagnent.

Tomás Saraceno: In Orbit, 2013. Installation view, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, K21 Ständehaus, Düsseldorf. Courtesy the artist; Tanya Bonakdar Gallery, New York; Andersen’s Contemporary, Copenhagen; Pinksummer contemporary art, Genoa; Esther Schipper, Berlin. © Photography by Studio Tomás Saraceno, 2013

V : Est ce que tu veux faire passer un message à travers tes créations, si oui lequel?
S K : « Concernant ma pratique, la photographie et la vidéo sont des media de prédilection. En orientant jusqu’ici mon intérêt vers les vies urbaines et les histoires de vies narrées par ceux qui généralement n’ont pas la parole, ces deux techniques m’accompagnent dans mes rencontres en enregistrant des attitudes, des humeurs, des idées et des rumeurs dans une démarche globalement documentaire. Je m’intéresse en particulier au quotidien des expatriés dans leurs pays d’accueil, en accordant la priorité au récit familier. C’est un sujet que j’explore en parcourant des territoires qui m’étaient jusque-là inconnus grâce aux personnes qui m’ouvrent les portes de leurs maisons en même temps qu’à ma caméra pour évoquer les raisons qui les ont poussées à refaire leur vie ailleurs et les défis qu’elles ont rencontrés. J’entretiens par ailleurs une pratique de l’installation et de la performance qui s’associe parfois à mes films et photographies lors des expositions. »

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© Sabina Kassoumova – Moscou

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© Sabina Kassoumova – Moscou

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© Sabina Kassoumova – Moscou

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© Sabina Kassoumova – Moscou

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© Sabina Kassoumova – Moscou

V : Quels seraient les premiers conseils que tu donnerais à un artiste débutant qui voudrait suivre tes traces?
S K : Il faut savoir prendre son temps.

V :  Es-tu une amatrice de vin? Si oui, as-tu un type de vin voire une appellation préférée?
S K : J’adore le vin rouge. Je suis une grande carnivore et c’est la boisson qui accompagne le mieux les viandes rouges, notamment l’agneau, le canard, et le gibier que j’affectionne particulièrement. C’est pourquoi j’aime les vins assez puissants. Pour Vinochromie je travaille autour de la cuvée 1803 du Château de la Salade, un Pic Saint-Loup 2015. Ça tombe très bien, les vins du Languedoc-Roussillon font partie de mes préférés, aux côtés des vins espagnols comme le Rioja ou des vins italiens, Montepulciano par exemple.

V : Qu’est ce qui t’as plu dans le concept Vinochromie?
S K : L’exposition « Du vin à l’œuvre » est l’occasion de réfléchir à un sujet différent de nos préoccupations habituelles. C’est aussi l’occasion de créer une pièce autonome, alors qu’un tant qu’artiste on doit produire un corpus d’œuvres qui se complètent, créent un raisonnement plastique au service d’une idée qui se développe au fil des années. Le concept Vinochromie permet de faire une parenthèse, de se changer les idées, tout en travaillant sur un sujet passionnant.

V : Quels sont tes futurs projets?
S K : Contrairement à l’année dernière, où j’ai participé à deux résidences artistiques, en France et en Angleterre, mais aussi à un festival au Canada, 2017 s’annonce plus calme en ce qui concerne les déplacements. Je viens de récupérer un atelier et je veux en profiter pour faire le point sur mon travail et produire des pièces dans d’autres media que la photographie et la vidéo, sur quoi je m’étais concentrée ces dernières années. Depuis que j’ai fait une gigantesque installation en août pour le festival UP HERE à Sudbury j’ai envie de fabriquer plus d’objets, d’investir plus d’espaces.

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